Réponse à “PrestaShop en excès de vitesse” sur le blog de la E-Commerce Academy

Bonjour Fabrice,

C’est avec grand intérêt que j’ai lu votre article et force est de constater que l’avez rédigé avec application et structure. Je suis par ailleurs d’accord avec vous sur certains points.

Comme New Quest, Axome et Profileo, je fais également partie de l’écosystème PrestaShop. Business Tech est une agence certifiée “argent”, mais aussi un des plus importants développeurs de modules Prestashop. En tant que tel, c’est n’est pas à quelques dizaines de clients que nous avons eu affaire en 3 ans de collaboration avec PrestaShop, mais plutôt à des centaines. Pas loin de 2000 à l’heure actuelle pour être exact. Ce qui nous permet d’observer tous les jours des boutiques de toutes tailles et de tout genre.

Avant PrestaShop et notre ralliement en 2009, nous avons (comme beaucoup) travaillé avec des solutions comme osCommerce, et avons également évalué un panel de solutions comme Magento, VirtueMart sur Joomla (argh), OpenCart…

Bien qu’ayant décidé récemment d’abandonner l’activité d’agence classique et de nous concentrer sur l’édition de modules, nous continuons également d’accompagner un certain nombre de clients historiques, et ce depuis 2009. L’un de ces clients est une des toutes premières “grosses” boutiques PrestaShop aux USA, creedboutique.com (marque de parfums de luxe Franco-Britannique datant de 1760), boutique sur laquelle nous sommes entièrement rémunérés à la commission depuis le début.

Les présentations étant faites, je souhaitais donc simplement apporter notre retour d’expérience à partir du terrain. Pour rester cohérent, je vais reprendre la structure de votre article.

Un positionnement qui n’est pas assumé

La position de la solution sur le marché

PrestaShop est en effet perçu comme une solution pour les “petits”. L’excellent article “Livre blanc des solutions E-commerce” de Philippe Humeau publié plus tôt cette année met d’ailleurs très bien en perspective les zones de confort de chaque plate-forme.

Pour autant, notre client creedboutique.com réalise un chiffre d’affaires annuel de plusieurs millions de dollars (tiers 2 dans la typologie de P. Humeau). La direction de la société est ravie, le système s’interface de façon robuste et fiable avec leur logiciel UPS WorldShip et leur ERP, et le tout continue de fonctionner avec une remarquable stabilité (démarrage en version 1.2 et actuellement en 1.4). Nous avions d’ailleurs été les premiers à mettre au point sur une version 1.2 un système de taxes reflétant la réalité fiscale des taxes US: c’est à dire une granularité au niveau du code postal. Et cela très rapidement.

L’un de nos modules se nomme Google Merchant Center, permettant d’exporter son catalogue vers Google Shopping. Il faut savoir que chaque flux Google Shopping ne peut comporter au maximum, que 100,000 produits par flux. Au delà, il faut découper en plusieurs flux. Nous n’avions jamais envisagé que nous aurions un jour à faire face à ce problème et avions donc pris le parti de ne pas nous en soucier. Et bien… figurez-vous que nous sommes régulièrement sollicités sur ce problème. Le dernier client en date possède un catalogue de plus de 1 million de références. Nous n’avons pas pu nous empêcher de lui demander comment cela se passait pour lui avec PrestaShop et un tel volume. Bien sûr des optimisations ont été faites par les techniciens et ils ont du hardware sérieux pour faire tourner tout ça, mais la réponse fut “it’s holding up very well” (ça tient très bien le coup).

Moi je dis: pas mal pour une “petite solution”…

Concernant le one-shot:

“Du côté technique PrestaShop est une solution pour un projet one-shot, autrement dit on met en place et on oublie toute perspective d’évolutions conséquentes, la plateforme n’étant pas adaptée techniquement à de l’industrialisation ni à une bonne évolutivité des développements.”

Toute le monde vous le dira: c’est avant tout la souplesse et la facilité d’adaptation de la solution qui séduit. Comme mentionné, nous suivons plusieurs clients depuis plus de 3 ans et le logiciel a évolué au fil de leurs besoins de façon remarquablement aisée. Le tout étant de ne pas faire n’importe quoi et de développer au maximum sous forme de modules, afin de limiter au possible les override sur le core et ne pas être obligé de passer trop de temps à réintégrer les développements spécifiques lors des mises à jour.

Le code de PrestaShop n’est certes pas orienté objet à l’extrême comme l’est Magento et est loin d’être la perfection absolue d’un point de vue du “style”, mais c’est justement sa simplicité qui le rend accessible à un grand nombre de développeurs et donc diminue considérablement le temps de développement nécessaire, et donc, bien sûr, les coûts.

La position affichée face à Magento

Cela n’engage que moi, mais je suis d’accord sur ce point: la dernière mouture 1.5, et plus particulièrement le back-office, a un peu perdu de son âme par rapport aux versions 1.x à 1.4 avec ses petites icônes Silk sur les onglets et son coté simple et rassurant pour le marchand prenant la solution en main pour la première fois.

Ceci étant dit, de nombreux marchands (petits et grands), réclament depuis longtemps, par exemple, la navigation à facettes introduite dans la 1.4 ou encore un système de promotions avancé comme les règles panier de la 1.5. PrestaShop n’a pas d’autre choix que d’intégrer des fonctions fortement demandées par ses utilisateurs, et certaines sont en effet depuis longtemps présentes dans Magento. Si l’industrie de l’automobile suivait la logique de ne pas copier la concurrence sur certains points, la Buick Cadillac des années 70 serait encore la seule voiture avec Airbag !

Le multi-boutique est probablement le choix technique qui a été le plus délicat pour PrestaShop. La décision a été prise de se lancer. Je vous rejoins sur ce point, nous qui sommes en pleine migration de nos modules pour la 1.5: beaucoup de complexité rajoutée au logiciel, des fonctionnements pas toujours simples à décrypter, et, au final, quel sera le pourcentage des utilisateurs PrestaShop qui s’en serviront réellement ? Le temps nous le dira…

Pour faire bonne mesure, il ne faut pas oublier en revanche que PrestaShop a innové et ouvert la marche sur de nombreux points comme le mobile et le webservice.

Une direction commerciale opposée au positionnement marketing

Certes, 2011 fut l’année pendant laquelle PrestaShop tenta en effet de s’attaquer aux grands comptes. La société compte tout de même aujourd’hui quelques belles références qui montrent la polyvalence de la solution.

Il ne m’appartient pas de spéculer sur ce que sera le positionnement et la direction stratégique de PrestaShop dans les mois à venir. Ceci dit, je peux en revanche exposer mon point de vue, déjà exprimé en détail en fin d’article publié il y a quelques mois sur ce blog (article en anglais) et qui place les Addons au centre de la stratégie. Alors, bien sûr certains diront que je prêche pour ma paroisse… peu importe.

Une direction technique qui n’est pas affirmée

C’est à présent Damien Metzger (directeur technique officiel) et Bruno Lévêque plus dans la dimension “technico-stratégique” qui auront cette responsabilité. Je ne connais que très peu Damien, mais je fais confiance au bon sens de Bruno pour faire les bons choix dans les mois à venir.

Une stratégie d’ajout de fonctionnalités à outrance

Certes, l’ajout de nouvelles fonctionnalités remet souvent en cause l’existant et crée de l’instabilité et des bugs. Mais, encore une fois, même si certaines fonctions auraient pu être remises à plus tard, il est juste impensable de ne pas prendre en compte les demandes des utilisateurs. Demandez aux e-commerçants s’ils ne sont pas heureux d’avoir à présent un thème mobile gratuit pour leur boutique PrestaShop…

La stabilisation de l’existant

Il faut quand même rester objectif et regarder sur la Forge le nombre de bugs qui ont été résolus depuis la sortie de la première release en version 1.5.0.17.

Quant à la branche 1.4, la version 1.4.9 est de belle facture, et un grand travail d’optimisation a été réalisé pour régler les problèmes de performance.

Bien sûr, il reste encore beaucoup de travail. Mais je pense qu’il faut savoir saluer le travail accompli et la volonté de continuer à améliorer la solution.

Des choix fonctionnels allant à l’encontre du bon sens

Pas grand chose à dire en revanche sur ce point. A chacun son métier en effet: CRM, ERP, tableau de bord réseaux sociaux…

Le réseau de partenaires semble avoir des points faibles

Concurrence de PrestaBox

En tant qu’éditeur de modules, nous avons pas mal travaillé avec des clients PrestaBox. Ce n’est pas la même typologie de clients que ceux qui passent par une agence. Les clients PrestaBox sont souvent très petits, avec des structures légères (et souvent mal adaptées comme l’auto-entrepreneur). Ils n’ont simplement pas les moyens de démarrer avec une agence. A terme, pour ceux qui réussissent à s’élever, ils migrent le plus souvent à terme sur une installation en propre.

Pour que ce genre de SaaS fonctionne sur la durée avec des clients de plus gros calibre, il faut l’agrémenter d’un réel accompagnement et conseil des clients. PrestaShop est avant tout un éditeur Open Source, pas une agence de conseil. De plus, la base Saas rend difficile, voire impossible, les développements spécifiques qui deviendront nécessaires pour que le e-commerçant puisse se différencier de ses concurrents.

L’hégémonie de l’éditeur

Nous ne sommes qu’une agence argent, et avons pourtant travaillé dans le passé sur de très jolis projets qui nous ont été attribués par PrestaShop. Il faut également savoir que des gens comme Camille et Sarah travaillent pour trier et surtout qualifier les leads avant de les renvoyer aux agences. Un travail fastidieux et pénible, que l’équipe commerciale tache de structurer au mieux via des fiches de qualifications et des outils de suivi. Mais c’est effectivement un travail compliqué et chronophage pour l’éditeur…

Etant à présent positionnés sur l’édition de modules, ce que nous avons directement demandé à PrestaShop en revanche, est un réel tri qualitatif sur les contributeurs. Si certains comme Presta-Module, MediaCom 87, Olea Corner, Silbersaiten ou PrestaCrea – pour n’en citer que quelques uns – ont une vraie philosophie de qualité et de service, tous ne sont pas dans ce cas et la place de marché Addons bénéficierait d’une réorganisation ergonomique et d’un tri sur le contenu (au moins 30 modules de boutons Facebook par exemple, dont certains n’implémentent même pas les tags Open Graph de Facebook). Tout cela est en fait en cours, et les marchands devraient prochainement pouvoir mieux s’y retrouver.

La chute ?

PrestaShop à court d’argent

Je ne me prononcerai pas sur ce point. Je pense que l’avenir nous le dira et que la direction de PrestaShop vous répondra sans doute directement.

PrestaShop a réduit la voilure

J’ai effectivement personnellement trouvé inquiétant les départs en nombre sur les derniers mois, voire consternant et incompréhensible sur certains postes. Ici aussi, je pense qu’il appartient à l’éditeur de répondre.

Une version 1.5 bancale ?

Nous avons reçu depuis quelques jours des mails de clients nous disant être prêts à passer sur la 1.5 depuis la sortie de la version 1.5.2, qui fait preuve d’une belle progression de stabilité. L’une de ces clientes est une dame originaire d’Autriche, Connie de son prénom, et elle est l’une des contributrices les plus actives sur la Forge de PrestaShop en termes de bugs reports. Pour nous avoir également aidés sur certains de nos modules, je peux vous garantir qu’elle possède une discipline et une rigueur faisant honneur à ses origines germaniques, et que rien ne lui échappe. J’ai un peu discuté avec elle pas plus tard qu’hier et elle n’attend que la mise à jour de certains modules pour faire son upgrade.

Est-ce qu’il reste des problèmes à régler ? Bien sûr ! Est-ce que la 1.5 a atteint sa maturité ? Non. Mais le schmilblick avance… Un peu de patience.

Conclusion

Il s’est construit au fil des dernières années un écosystème important autour de cette solution: éditeur, marchands, agences, communauté et il serait dommage de mettre en péril ce qui, à mes yeux, est une belle histoire autour d’une bonne solution faisant vivre des milliers d’e-commerçants. Une solution qui, quoi qu’on en dise, marche.

En dehors de nos références en tant qu’agence et éditeur de modules, j’ai oublié de préciser que mon épouse est elle-même e-commerçante avec le site arthusandco.com, qui fêtera d’ailleurs ses 3 ans  la semaine prochaine (refonte graphique à venir pour l’occasion d’ailleurs) et qui a réussi une croissance tout à fait exceptionnelle, en bonne partie grâce à PrestaShop et la facilité avec laquelle nous avons pu faire évoluer la solution.

On peut certainement reprocher à PrestaShop un manque de communication et de transparence autour des évènements des derniers mois, et l’inquiétude de la communauté est légitime. Mais saluons le travail accompli et laissons le temps à l’éditeur de se retourner.

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5 réponses à Réponse à “PrestaShop en excès de vitesse” sur le blog de la E-Commerce Academy

  1. Cyril Drouin - Bysoft dit :

    Bonjour David

    Très bon article avec lequel je me sens en phase. Je trouve ,effectivement, l’article de la e-commerce academy trop à charge comparé à la réalité du terrain.

    Je peux apporter un retour d’expérience d’une agence Or Magento & Prestashop.

    La possibilité d’avoir un time to market bien plus rapide et bien mieux maitrisée avec Prestashop séduit et continue à séduire des comptes grands, moyens et petits.

    En ces temps de crise, les budgets clients se contractent particulièrement et Prestashop a vraiment une carte à jouer comme solution rapide, fiable et abordable avec très peu de sacrifices sur la partie fonctionnelle.

    Je confirme aussi que le multi-boutiques est très peu utilisé dans les faits.

    Autre point non négligeable : la partie mobile..quasiment inexistante en natif avec Magento mais complètement intégrée avec Prestahsop.

  2. David NIRY dit :

    Bonjour Cyril,

    Merci pour ce retour. Tout à fait d’accord sur les budgets. C’est également ce que me disaient d’autres agences travaillant avec les 2 solutions, comme Quadra et Profileo.

  3. Merci d’apporter votre commentaire, ça permet d’avoir plusieurs points de vue et de mieux se faire une idée.
    Totalement d’accord avec le problème du “tri” au niveau des modules ça mériterai un bon coup de balais je pense.

  4. ExoticExpress dit :

    Pour information, notre boutique est en ligne depuis le 15 nov. en V1.5.2 et nous n’avons pas spécialement à nous en plaindre (sauf la navigation à facettes, fort capricieuse).

    Le nouveau BO fait gagner beaucoup de temps par rapport à l’ancien (nous étions en V1.2.4 depuis 3 ans : ), il ne nous manque aucun des modules dont nous avions besoin. Bref, autant la sortie “prématurée” (juste avant le salon E-Commerce comme par hasard) de la V1.5 nous a inquiété, autant la V1.5.2 est convaincante.

  5. PhiLho dit :

    Personnellement, j’aime bien l’article auquel vous répondez, ne serait-ce que parce qu’il jette un pavé dans la mare, éclaire la société sous un jour que ses news ne montre pas (évidemment !) et avertit de certaines lacunes et dangers.
    Faut dire que quand je vois un soft ou un livre avec des commentaires utilisateurs majoritairement positifs, j’ai tendance à chercher les versions négatives, pour mieux voir toutes les facettes.

    Il est vrai que l’article fait un peu peur au développeur que je suis, en train d’essayer de mettre en place la 1.5.3 en important une boutique Zen Cart (ça fonctionne pas trop mal jusque là malgré certaines petits problèmes que j’ai réussi à surmonter, j’ai partagé l’info sur mon compte Google+)…

    C’est pourquoi j’apprécie aussi votre article, contrebalançant l’alarmisme du premier. Les deux articles semblant bien informés et argumentés, ils m’aident à faire ma propre opinion…
    Je pense que je vais continuer sur PS, malgré la liste des (petits) bugs que je suis en train de construire ! J’avais essayé PS il y a longtemps (en 1.2, je crois) et je vois qu’il a quand même fait beaucoup de chemin depuis, dans le bon sens (même si l’explosion fonctionnelle peut laisser perplexe).

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